Le Conservatoire de l’Abeille noire

Le Conservatoire de l’Abeille noire

(Apis melifera melifera)

Des Hautes-Alpes

Présentation générale

Créé en 2023 après plusieurs années de réflexion, ce projet est porté par la Société l’Apiculture Alpine qui en assure son fonctionnement et sa gestion au quotidien.

Il s’agit pour nous d’un défi existentiel, une mission à hauts risques, face à un patrimoine génétique menacé, telle pourrait être la devise pour définir les missions qui illustreraient le mieux celles de ce conservatoire.

Comme d’autres conservatoires, il a entre autres objectifs généraux de répondre aux interrogations sociétales sur l’apiculture et de ses acteurs, professionnels, pluri actifs, de loisirs ou simples amoureux des abeilles. Il se doit aussi d’être un lieu où on réfléchit aux évolutions agricoles, écologiques, environnementales afin de proposer une apiculture (plus douce), plus respectueuse de la relation entre l’homme, l’abeille et le milieu dans lequel elle vit.

Il se doit aussi d’être un lieu garant de la perpétuation de l’espèce endémique de l’abeille des Hautes-Alpes, présente territorialement bien avant l’arrivée de l’Homme.

Un Conservatoire destiné à sauvegarder l’abeille noire des Hautes Alpes, implanté au cœur du Parc régional des Baronnies et du Parc national des Ecrins


1/ Un choix délibéré de l’abeille noire au patrimoine génétique menacé

L’abeille noire est l’abeille native de la majeure partie de l’Europe du Nord et de l’Ouest et donc de France et des Hautes-Alpes. Comme le révèlent les fouilles du Col des Tourettes, près du site du Conservatoire de La Piarre, L’homme a appris à côtoyer l’abeille noire 8000 ans avant notre ère.

L’abeille noire des Hautes Alpes se distingue par des caractères anatomiques, physiologiques et comportementaux qui lui sont spécifiques et qui marquent son identité :

  • Une robe sombre, noire ou brune foncée
  • Son adaptation au climat local avec la résistance au froid et un hivernage efficace
  • Sa rusticité qui la rend moins dépendante des apports humains
  • Sa capacité de vol malgré de faibles températures et du vent
  • Une longévité supérieure à d’autres races importées comme la Buckfast, la Carniolienne, la Caucasienne ou l’Italienne.
  • La seule race à renouveler spontanément sa reine vieillissante par supercédure (anecbalie)

Une abeille adaptée au climat local

Cependant, elle est aujourd’hui gravement menacée par :

  • L’hybridation avec les autres races importées (Buckfast, Carniolienne, Caucasienne, Italienne)
  • Les maladies et parasites importés sur nos territoires dans les 40 dernières années : (Varroa destructor, Nosema ceranae), frelon asiatique et peut-être demain aethina tumida
  • La perte d’habitats naturels (remembrement, monoculture) et la pollution chimique (pesticides, …)
  • La sélection apicole orientée vers la productivité au détriment de la génétique locale.

2/ Les objectifs spécifiques du conservatoire

Le conservatoire vise à préserver la génétique locale de l’abeille noire, une sous-espèce patrimoniale et résiliente, adaptée aux conditions climatiques et florales de notre territoire. Il a pour mission de :

  • Préserver la génétique locale en maintenant des populations d’abeilles noires « pures », non hybridées
  • Maintenir et améliorer un cheptel génétiquement stable et sélectionné par une reproduction contrôlée
  • Sélectionner et multiplier des reines issues de souches locales
  • Créer des zones protégées autour des sites du conservatoire
  • Limiter ou interdire l’introduction d’autres sous-espèces d’abeilles dans le périmètre des sites du conservatoire
  • Observer, étudier et mener des suivis scientifiques : comportement, résistance, adaptation, diversité génétique des lignées
  • Contribuer à la pollinisation durable et à la résilience agroécologique locale
  • Renforcer la biodiversité générale du territoire en promouvant la création d’habitats mellifères par des partenariats avec les agriculteurs, les collèges et les lycées professionnels agricoles et structures formant les apiculteurs
  • Transmettre l’amour et la connaissance des insectes pollinisateurs en assurant la sensibilisation des jeunes générations
  • Sensibiliser et transmettre en informant les apiculteurs et le grand public sur l’importance de l’abeille noire et de la biodiversité pollinisatrice

3/ Les actions prévues 

  • Pour chaque site, on recherchera une délimitation d’une zone de protection avec un rayon de 10 à 15 km sans autres sous-espèces introduites
  • Installation de ruchers de sélection et de fécondation contrôlée (avec des stations de fécondation)
  • Suivi sanitaire et génétique du cheptel par des techniciens animateurs qualifiés (prélèvements génétiques, suivi des lignées)
  • Partenariats avec les ruchers écoles existants
  • Partenariats spécifiques avec des instituts (INRAE, ITSAP…) et autres conservatoires (CETA de Savoie notamment)
  • Organisation de formations pour les apiculteurs, journées pédagogiques, visites grand public…

4/ Le fonctionnement du conservatoire

Il fonctionne selon 5 grands axes.

a/ zone de protection

  • Le territoire du conservatoire est géographiquement délimité
  • L’introduction d’abeilles non-noires y est, de fait, interdite ou strictement réglementée

b/ suivi génétique des colonies

  • Des contrôles génétiques tests ADN sont régulièrement réalisés pour s’assurer de la pureté des colonies au moyen de prélèvements biologiques (aujourd’hui, antennes de mâles en fin de nymphose) garantissant leur origine

c/ gestion des colonies

  • Les colonies d’abeilles noires sont installées dans des ruchers de conservation
  • Les reines sont sélectionnées pour leurs qualités locales (résistance, douceur, productivité naturelle)
  • Les essaims produits peuvent servir au peuplement de ruchers locaux pour garantir l’extension de la zone de protection génétique. A terme, ils pourront être négociés auprès d’apiculteurs intéressés. La vente de reines pourra elle aussi se faire selon la production et la demande d’apiculteurs, dès lors que la démarche aura atteint son rythme de croisière sans doute à partir de N plus trois.

Après la phase de sélection, les lignées de reines noires devront être multipliées et diffusées

Photographies d’illustration avec l’autorisation des auteur-e-s

d/ coopération et recherche

Le conservatoire de l’Abeille noire des Hautes-Alpes n’agit pas seul. Il collabore avec :

  • Le Conservatoire de l’Abeille noire conduit par le CETA de l’Abeille noire de Savoie
  • Des adhérents et d’autres apiculteurs locaux
  • Des chercheurs en génétique
  • Des collectivités locales et des espaces naturels : (aujourd’hui) le Parc National des Écrins et le Parc Naturel Régional des Baronnies

e/ collaboration avec les ruchers école

L’atout majeur du conservatoire des Hautes-Alpes tient au fait qu’il est porté par la Société l’Apiculture Alpine, elle-même détentrice de deux ruchers école.

1 – Le rucher école des Hauts de Saint-Jean à Gap, qui est un rucher de diffusion des connaissances de l’apiculture par des apprentissages des pratiques, techniques, des savoirs fondamentaux de l’apiculture. Structure autonome, animée par une équipe de bénévoles compétents, tous membres du Conseil d’Administration de la Société l’Apiculture Alpine, formatrices et formateurs managés par un coordinateur, qui dispensent environ 80 heures de cours tout au long de la saison apicole. Situé sur un terrain appartenant à la Chambre d’Agriculture des Hautes-Alpes, mis à disposition par le Lycée professionnel Agricole de Gap, qui a cédé gracieusement l’utilisation d’une parcelle pour y accueillir la trentaine de colonies qui le composent et y disposer d’un abri pour stocker le matériel nécessaire à son fonctionnement.

Inauguré en 2017, il répond à un quadruple partenariat conventionné avec la ville de Gap, la Chambre d’Agriculture des Hautes-Alpes, le lycée professionnel agricole des Emeyères et la Société l’Apiculture Alpine.

Le rucher-école des Hauts de St-Jean à GAP, le jour de son inauguration le 10 juin 2017 et l’ambiance attentive et passionnée durant les cours toujours très suivis.

2 – Le rucher Claude SARRAZIN situé sur le domaine de Charance à Gap ; il est le rucher école historique de la Société l’Apiculture Alpine. Créé en 2000, il a d’abord été un rucher de vulgarisation des pratiques apicoles avant de céder la place à celui des Hauts de Saint-Jean et de devenir un rucher de perfectionnement des techniques apicoles avec notamment des stages annuels d’élevage de reines. Il est le fruit d’un partenariat avec la ville de Gap qui met elle aussi gracieusement un terrain à disposition pour accueillir les ruches et un bâtiment de stockage pour abriter le matériel nécessaire à son fonctionnement.

Animé lui aussi par une équipe de bénévoles sous la responsabilité d’une animatrice-coordinatrice, il est composé d’une quinzaine de colonies et d’une station de fécondation de reines.

Le rucher Claude SARRAZIN sur le domaine de Charance à Gap ; rucher école historique de la Société l’Apiculture Alpine. Créé en 2000, il est destiné à la formation à l’élevage de reines.

Avec ces deux outils essentiels, le Conservatoire de l’Abeille Noire dispose d’un potentiel précieux.

a/ animation et fonctionnement pratique du Conservatoire

Coanimé à ce jour par deux animateurs(trices) bénévoles, membres du Conseil d’Administration et vice-présidente de la Société l’Apiculture Alpine, entourés de formateurs(trices) bénévoles, il dispose à ce jour d’une quinzaine de colonies situées sur deux sites.

Un site pérenne et utilisé de manière sédentaire situé sur un terrain privé mis à disposition et conventionné avec son propriétaire sur la commune de La Piarre, dans le Parc Naturel Régional des Baronnies.

Sa position en zone sauvage en fait un véritable refuge, gardé par une barrière naturelle aussi bien à l’Est qu’au Nord et à l’Ouest ; il s’ouvre sur la vallée au Sud sur un vaste espace mi-sauvage mi-cultivé dans lequel se trouve une seule apicultrice de loisirs, acquise à notre démarche et possiblement partenaire.

Un autre site situé sur la commune de Molines en Champsaur au cœur du Parc National des Écrins

 Il est placé sur un terrain de L’Office National des Forêts avec lequel la Société l’Apiculture Alpine a passé une convention de mise à disposition, qui présente les mêmes caractéristiques avec un inconvénient tout de même, celui d’une présence d’apiculteurs professionnels et pluri-actifs qu’il nous faudra convaincre plus que contraindre d’adhérer à notre démarche.

Les premières fécondations sur les deux sites ont eu lieu en 2025. Les résultats obtenus attestent d’une fécondation à partir de mâles noirs du Conservatoire avec des taux de réussite proches des 95%.

Ce sont ainsi une demi-douzaine de lignées qui vont pouvoir être multipliées en 2026.

Ainsi, après deux années de fonctionnement dont la première consacrée à la collecte de colonies mises à disposition par des apiculteurs partenaires à partir d’une sélection uniquement visuelle, les premiers résultats génétiques obtenus sont encourageants et montrent que ce projet possède des bases scientifiques réalistes.

L’abeille noire prête à reconquérir son territoire : les Hautes-Alpes


5/ Budget prévisionnel du Conservatoire pour 2026, soit à n+3

Au cours des deux premières années 2024 et 2025, le Conservatoire de l’Abeille noire des Hautes-Alpes a fonctionné sur des fonds propres de la Société l’Apiculture Alpine tant pour les frais d’investissement que de fonctionnement.

Les frais de personnel, du fait du bénévolat de ses membres intervenants, se limitent à des remboursements de frais de déplacement. Les recettes inespérées consécutives à la vente de miel produit par les colonies des ruchers écoles et de celles du conservatoire, viennent en atténuation du coût de fonctionnement en 2024. Cette situation, bien qu’encore possible pour l’année 2026, doit nous amener à réfléchir à la recherche, à très court terme, de financements participatifs entraînant une autonomie financière progressive.

  • Un mécénat toujours possible

Il pourra, ponctuellement, sur des enjeux ciblés et des actions limitées dans le temps, enrichir un budget prévisionnel pour des financements d’investissement, et/ou de fonctionnement.

  • Une préférence pour un partenariat consenti, dès lors que les missions sont claires, comprises des partenaires et acceptées par ces derniers.

A ce jour, les partenariats effectifs sont venus des apiculteurs engagés depuis toujours dans la recherche de colonies d’abeilles noires pour le fonctionnement de leurs ruchers.

  • Des promesses de partenariat ont été faites au premier rang desquels figurent, sans priorité particulière aujourd’hui, mais davantage par ordre dans les démarches entreprises :
  • Le Département des Hautes-Alpes par la voix de son conseiller départemental des cantons où se trouve une des stations de fécondation
    • Le Parc Naturel Régional des Baronnies par la voix de sa directrice
    • Des apiculteurs revendeurs de matériel apicole
    • Le Conseil Régional
    • Un organisme de formation d’Apiculteurs et d’Apicultrices

Cette liste non-exhaustive dans les intentions de devenir partenaires ne demande qu’à grandir tant l’accueil qui est fait à nos demandes nous semble porteur d’intérêt et de soutien.

Nous nous engageons à une totale traçabilité des fonds recueillis et de leurs affectations comme gage et garantie de leur bonne utilisation au service du fonctionnement du Conservatoire.

Budget prévisionnel du Conservatoire de l’abeille noire des Hautes-Alpes

Pour l’exercice n+3 : Exercice 2026

dépenses PReVISIONNELLESDétailsMontant estimé en euros
matériel apicole25 Ruches, 15 ruchettes, cadres, hausses, ruches éleveuses, nucléis, petit matériel de sélection, cire, etc….4 000
amenagement des sitesClôtures électriques de protection, abris, signalétique, divers aménagements    2 000
matériel de traitement sanitaire Matériel de sublimation, lanières de traitement anti varroa, pièges à frelon  1 500
Analyses génétiquesRéalisées par un laboratoire spécialisé, 110 € l’unité5 000
partenariat et communicationPlaquettes, supports divers, affichettes, etc, réalisations d’évènements  1 600
frais de fonctionnemENtDéplacements, carburants, péages, assurances…  4 000
rémunération de competences externesTechniciens spécialisés, participations d’autres conservatoires  3 500
total prévisionnel des dépenses 21 600
  Recettes PReVISIONNELLESDétailsMontant estimé en euros
Partenaires du ConservatoirePartenaires indiqués précédemment  comme contributeurs potentiels  19 000
Fonds Propres du Syndicat   total prévisionnel des RecettesParticipation allouée par le Cons.Adm. lors de ses réunions du 20 nov et 19 déc 2025    2 160     21 600

Le conservatoire de l’Abeille noire des Hautes Alpes, au terme de sa 2ème année de fonctionnement effectif, s’affirme comme un refuge génétique essentiel dans la sauvegarde d’un patrimoine apicole unique en voie de raréfaction, qu’il est encore temps de faire vivre et prospérer.

Ribeyret le 19 décembre 2025

Pour le Conseil d’Administration de la Société l’Apiculture Alpine,

le Président Jean-Louis GALDINO

Société l’Apiculture Alpine Chambre d’agriculture 2 rue Paul Aubert 05010 GAP Cedex

06 50 90 65 40

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